Fondation de Saint-Louis Formetest03A
Fondation de Saint-Louis


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Fondation de la ville de Saint-Louis
René Auguste Chouteau
Manuscrit (extrait

Texte retranscrit sous l'orthographe moderne

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Dans l'année 1762, M. Dabbadie alors Directeur général et commandant de la Louisiane accordait à une Compagnie la traite exclusive avec les Sauvages du Missouri et toutes les nations résidentes à l'ouest du Mississipi pendant l'espace de 8 années. Cette compagnie se forma sous raison de M. Laclède Ligueste, Antoine Moxan et Compagnie aussitôt les termes et conditions signés avec les gouvernements et elle prit des mesures pour faire venir d'Europe toutes les marchandises nécessaires pour alimenter grandement son commerce qu'elle se proposait d'étendre autant que possible. En attendant que les marchandises qu'elle avait demandées en Europe arrivent, elle fit un armement considérable à la tête duquel elle mit M. Laclède Ligueste, connu pour un homme d'un haut mérite, capable par ses connaissances de conduire avec sagesse et prudence les intérêts de la Compagnie. Il partit donc de la Nlle Orléans le 3 août 1763 et arriva en Illinois le 3 novembre suivant.

Observez que tous les établissements des français étaient sur la Rive gauche du Mississipi qui avait été cédée aux anglais par le traité de 1762 et que sur la Rive Droit qui restait à la France il n'y avait que le faible village de Ste Geneviève dans lequel M. de Laclède ne put pas trouver une maison capable de contenir un quart de ses marchandises. M. de Néyon Commandant du fort de Chartres, instruit de l'embarras de M. Laclède lui envoya un officier lui dire qu'il lui offrait le logement de ses marchandises dans son fort jusqu'à ce que les anglais en viennent prendre possession.

La nécessité lui fit d’accepter l’offre généreuse de M. DeNeyon. Il partit de Ste Geneviève et se rendit le 30 novembre 1763 au fort de Chartres où il débarqua toutes ses marchandises et fit de suite tous les équipements pour les différentes nations – après toutes les affaires de traite faites, il s'occupa des moyens de former un établissement convenable à son commerce. Ste Geneviève ne lui convenant pas, à cause de son éloignement du Missouri — et sa situation peu salubre. Ces raisons le décidèrent à chercher un système plus avantageux. En conséquence il partit du fort de Chartres dans le mois de décembre, mena avec lui un jeune homme de sa confiance et examina tous les terrain, du fort de Chartres aux Missouris. [

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Il fut enchanté de voir la situation (où est St Louis présentement) il n'hésita pas un moment d'y faire l'établissement qu'il projettait en ce que, outre la beauté du site, il y trouvait tous les avantages que l'on peut désirer pour fonder un établissement qui peut devenir très considérable par la suite. Après avoir tout bien examiner, il fixa l'endroit où il voulait faire son établissement, plaça de sa propre main quelques arbres et, dit « Chouteau, là, tu viendras dès aussitôt que la navigation sera libre, tu feras défricher cette place pour faire notre établissement d'après le plan que je te donnerai. » Nous partîmes de suite pour nous rendre au fort de Chartres où il disait avec un peu d'enthousiasme à M. DeNeyon et à ses officiers qu'il avait trouvé une situation où il allait former un établissement qui pourrait, par la suite, devenir une des plus belles villes de l'Amérique tant ce site réunissait d'avantages par sa localité et son point général pour faire des établissements.

Il s'occupa le restant de l'hiver à se procurer tous les objets nécessaires pour cet établissement tant en hommes, vivres, outils . Et, la navigation étant libre dans les premiers jours de février, il arma un bâteau dans lequel il mit 30 hommes presque tous ouvriers et il en donna la conduite à Chouteau et lui dit : « Tu iras débarquer dans l'endroit où nous avons planté des arbres. Et tu commenceras à faire défricher et bâtir un grand hangard pour loger les vivres et les outils et des petites cabanes pour loger les hommes et tu donneras aux hommes de confiance qui pourront t'aider beaucoup. Je te rejoindrai sous peu. Je me rendis à la place désirée le 14 mars dans la matinée. Le lendemain, je mis les hommes au travail. Ils commencèrent le hangard, qui fut bâti en peu de temps, et les petites cabanes, environ dans les premiers jours d'avril. Laclède arrivait parmi nous. Il s'occupa de son établissement, fixa la place où il voulait bâtir sa maison, fit un plan du du village qu'il nomma St Louis en l'honneur de Louis XV, (dont il croyait rester longtemps sujet et ne s'imagina pas non plus devenir sujet du roi d'Espagne) qu'il voulait établir, et m'ordonna de le suivre, exactement, parce que lui ne pouvait pas rester plus longtemps parmi nous. [

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Il était obligé de se rendre au Fort de Chartres pour retirer les marchandises qu'il avait laissé au fort avant l'arrivée des anglais que l'on attendait tous les jours pour en prendre possession. je suivis donc de mon mieux son plan et mis tous mes soins à accélérer la bâtisse de la maison. Pendant que nous étions tous bien occupés à ces travaux, il arriva parmis nous, dans le mois, de toutes la nation du Missouri, hommes, femmes et enfants. Et, quoiqu'ils ne paraissent pas avoir de mauvaises intentions à notre égard, ils ne cessaient pas de nous être en fort en charge, par leur demande continuelle de vivres et les vols qu'ils faisaient de nos outils, en nous disant continuellement qu'ils voulait faire un village autour de la maison que nous voulions bâtir et quelle serait le centre. Tous ces discours m'inquiètaient beaucoup ce qui me fit prendre la résulution d'envoyer chercher M. de Laclède. Et ce qui m'y engagea encore à le faire, il était venu de Caos des habitants pour s'établir dans ce nouveau village, qui s'en retournèrent par crainte des Missouris, qui étaient environ 150 hommes guerriers, et nous nous n'étions que 30-35 hommes. Mais je disais toujours que cette nation ne paraissait pas avoir aucune idée hostile. M. de Laclède arriva et, sitôt son arrivée, les chefs des Missouris vinrent le voir pour tenir un Conseil.

Le résultat de ce conseil était qu'ils étaient dignes de pitié qu'ils ressemblaient aux canards et aux aux outardes qui cherchaient une eau claire pour se reposer et se procurer avec facilité la vie, qu'ils ne trouvaient pas d'endroit plus propice à leur vue que l'endroit où ils étaient. À cela ils dirent bien des choses qui revenait toujours, qu'ils désiraient de s'établir où ils étaient. Le conseil fini, M. de Laclède les remis au lendemain pour leur faire sa réponse.

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Le conseil s'assembla et, après des discours vagues et préliminaires, M. de Laclède leur dit avec sa fermeté ordinaire : « vous m'avez dit hier que vous rassembliez aux canards et aux outardes qui voyagaient jusqu'à ce qu'ils trouvassent un beau pays dans lequel ils y trouveraient une belle eau claire, pour s'y reposer, et se procurer une vie aisée ; et que vous leurs souhaitiez, eux qui étaient dignes de pitié, vous leur ressemblez puisque vous voyagez de même qu'eux pour trouver un endroit pour vous y fixer ; et que nous n'entrouviez pas un plus propice que celui où vous étes actuellement que vous vouliez faire un village autour de ma maison où nous vivrions dans la plus grande amitié. Je vous répondrai en peu de mots à vous discours et vous dirai que si vous suiviez la direction des canards et des outardes pour vous fixer vous suivriez de mauvais guides qui n'ont pas de prévoyance ; parce s'ils en avaient, ils ne se metteraient pas dans une eau claire, parce que les aigles, tous les oiseaux, carnassiers découvriraient facilement ce qu'ils n'arriveraient pas s'ils étaient dans un endroit fourré, et couvert de broussailles. Vous, Missouris, vous ne seriez pas mangés par les aigles, mais des hommes qui vous font la guerre depuis longtemps, qui sont en grand nombre contre vous, qui êtes des petits. Ils tuerons vos guerriers parce qu'ils voudront se défendre, rendront vos femmes et vos enfants esclaves. Voilà ce qui vous arrivera pour vouloir suivre comme vous dites la marche des canards, et des outardes, plutôt que les conseils des hommes qui savent bien délibérer. »

« Vous autres femmes qui êtes ici présentes et qui m'écoutez : allez, carressez bien vos enfants, donnez leur bien à manger ainsi qu'à vos vieux parents. Serrez les très bien dans vos bras, donnez leur toutes les marques de la plus tendre amitié jusqu'au moment fatal qui vous séparera, et ce moment n'est pas bien éloigné. » [

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Si vous hommes persistent à vouloir s'établir, je vous préviens en bon Père qu'il y a 6 ou 7 cents guerriers au fort de Chartres qui sont là pour faire la guerre aux anglais ce qui les occupent beaucoup dans ce moment, parce qu'il portent aussi leur attention au bas du fort des chambres d'où ils attendent les anglais. Mais s'ils apprennent que vous êtes ici, il n'y a pas de doute qu'ils viendront vous défaire.

Voyez, présentement, vous autres guerriers, il serait plus prudent que vous partiez d'ici au plus tôt, que d'y rester pour vous voir massacrer, vos femmes et vos enfants, déchirés par morceaux, et leurs membres jetés aux chiens et aux oiseaux carnassiers. C'est un bon Père qui vous parle. Réfléchissez bien sur ce qu'il vient de vous dire rendez lui la réponse ce soir. Je ne pense pas vous donner un terme plus long parce que il faut que je me rende au fort de Chartres.

Le soir toute la nation, homme, femmes et enfants vinrent trouver M. de Laclède et lui dire qu'ils avaient bien ouvert leurs oreilles à son discours et qu'ils suivraient, en tout, ses conseils ; qu'ils le prièrent de vouloir avoir pitié des femmes et des enfants en leur donnant des vivres et un peu de poudre et balles, pour les hommes, pour qu'ils puissent chasser en remontant le Missouri et se défendre s'ils étaient attaqués. M. de Laclede leur dit qu'il avait pitié d'eux , et les remis au lendemain.Il ne put rien leur donner aujourd'hui parce qu'il n'avait pas assez de maïs ; qu'il fut obligé d'envoyer chercher aux Caos. Aussitôt qu'il le reçu, il leur en donna une grande provision : de la poudre, des balles, des couteaux et quelques autres merceries. Et les jours suivants, tout le village du Missouri partit pour monter le Missouri et aller à leur ancien village.

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Après avoir resté ici 15 jours, dans le cours desquels j'ai fait creuser la cave de la maison que nous étions après battire par les femmes et les enfants, je leur donnais en paiement du vermillion des alênes, du Vert de gris. Ils la creusèrent en grande partie, Ils charroyaient la terre dans des plats de bois et des paniers qu'ils portaient sur la tête. M. de Laclède, après avoir donné les ordres qu'il croyait nécessaire pour les travaux de son établissement, partit peu de jours après les sauvages pour se rendre au fort de Chartres. Les personnes qui s'étaient sauvées aux Caos à l'arrivée des Sauvages, revinrent, sitôt qu'ils surent qu'ils s'étaient retirés et commencèrent leurs maisons, ou pour mieux dire, leurs cabanes et entourèrent leurs terrains en se conformant aux lignes des lots que j'avais tirées, suivant le plan que m'avait laissé M. de Laclede.

M. Deneyon de Villiers, qui commandait la Haute Louisianne, sous le nom des Illinois, eut ordre du gouverneur général de Louisianne d'évacuer toute la rive gauche du Mississipi qui avait été cédée aux Anglais par le traité de Versaille. En concéquence de ces ordres, il fit retirer les garnisons du fort des Pées dans la Rivière des Illinois, celle du fort Mansiaque dans la Belle Rivière, le Poste Vincenne dans le Voibache où commandait M. de St Ange de Bellerive et quoique le fort des Cansés fut dans le Missouri.

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Il fit descendre la petite garnison de ce poste, et même un officier qu'il avait envoyé pour construire un fort dans la Rivière des Ozages près du village de cette nation. Une fois qu'il eut réuni toutes ses troupes au fort de Chartres, il ordonna à M. de St Ange d'y rester avec 40 hommes, 1 capitaine, 2 lieutenants pour livrer le fort aux Anglais que l'on attendait tous les jours. Et lui se disputa à descendre le 10 juillet 1764 avec le restant de ses troupes tous les employés du gouvernement, et une grande partie des habitants des villages du fort de Chartres, et de la prairie du Rocher à qui il promit de leur faire donner des terres gratis près de la Nlle Orléans pour les sacrifices qu'ils faisaient de leurs bien pour aller s'établir dans la Basse Louisianne sous le gouvernement français plutôt que de rester sous la domination anglaise qui étaient des hérétiques &c. Mais les vrais motifs de M. Déneyon était de mener avec lui un grande suite et descendre le Mississipi en triomphe pour faire croire au gouvernement que tous ces habitants le suivaient par la pure estime qu'ils avaient pour sa personne et par là s'attirer la confiance des autorités pour obtenir une place qu'il avait en vue.

Mais quand il sut, en arrivant à Nlle Orléans, que le pays était cédé à l'Espagne celà le décida de passer en Europe et il oublia toutes les promesses qu'il avait faites à ces pauvres incrédules qui restèrent sur la grève sans savoir où donner de la tête. Et le gouvernement s'en occupa peu probablement parce qu'il savait que la colonie changeait sous peu de domination de sorte que ces infortunés, qui avaient abandonné le peu de bien qu'ils avaient aux Illinois pour aller vivre sous le gouvernement français, se trouvèrent totalement désapointés dans leurs espérances. Les uns pour pouvoir vivre avec leur famille gagnèrent les Appelousas, les autres les Ætitapas où il ne purent cependant pas y porter à cause du fret, le matériel de ce qu'ils avaient descendu. Et ils furent obligés de le donner pour presque rien, et cela pour se procurer un peu de maïs et de riz, et ceux qui avaient quelques moyens, remontèrent aux Illinois, furent bien heureux d'y trouver M. de Laclède qui les assista dans bien des choses en leur observant que s'ils avaient voulu suivre ses conseils comme ont fait ceux qui n'avaient pas voulu suivre leurs mauvaises destinées, ils ne seraient pas dans la mauvaise situation où ils étaient.

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M. de Laclède, pénétrant les motifs qui faisaient agir M. De Neyon, aucun intéressement quelconque, ce qui lui fit faire par humanité tout son possible pour les empêcher de descendre, en leur disant que le gouvernement Anglais n'était pas si terrible que l'on voulait bien leur dire qui, pour lui, il en avait une idée bien plus avantageuse. Que, cependant si par une suite de faux préjugés, ils ne voulussent pas rester sous ce gouvernement, il les engageait à monter dans son nouvel établissement, qu'il leur faciliterait le moyen de s'y rendre avec leurs effets. Et que pour leur bons animaux il était bien facile de les conduire par terre puisque le trajet n'était que de 15 lieues,Par un beau chemin. Plusieurs familles acceptèrent ses offres. Il leur procura de suite des voitures avec les agrès nécessaires pour se rendre à St Louis. Et là, il les facilita dans leur établissement, m'ordonna de leur assigner des terrains suivant le plan qu'il avait fait, ce que je fis le plus ponctuellement possible.

Comme j'ai déjà observé, que sitôt le départ de la nation Missouri les habitants qui s'étaient retirés aux Caos, revinrent à petit nombre avec ceux du fort de Chartres, commencèrent à donner un peu de consistance à Saint-Louis. [

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Après le départ de M. de Neyon, qui fut le 10 juillet 1764, et l'émigration des habitants pour St Louis, le village du fort de Chartres restait totalement désert, — exceptée la garnison du fort et quelques enployés du gouvernement qui restaient aussi tous dans le fort,parce que dans le village, une partie des maisons furent démolies par les propriétaires qui prirent les planches, les ouvertures, et enfin tout ce qu'ils purent transporter dans les places où ils crurent pouvoir s'établirent.

Durant le courant de l'hiver de 1764 à 1765, les Sauvages au nord de ce pays surent — que les Anglais faisaient un armement à la Nlle Orléans pour prendre possession sur ces différaetes nations du pays illinois.

Ces sauvages, voulant s'y opposer, se rendirent au fort de Chartres au nombre de 400 hommes, ayant à leur tête le fameux Pondiac de la nation Outarrois, lequel avait un pouvoir absolu sur toutes ces tribus et cela, pour les avoir commandées dans beaucoup de prise de fort occupé par les Anglais, à qui il faisait une guerre cruelle depuis la paix de 1762.

Il disait qu'il faisait cette guerre pour venger les Français. Mais le vrai de la chose était par l'esprit du pillage et de brigandage.

A son arrivée auprès du fort de Chartres, il fit camper son monde à une bien petite distance et obligea les nations Peoria et Micchiquamici, qui avaient leur village à une lieue du fort, à prendre les armes avec eux si le cas le requerait. Les illinois ne paraissaient pas bien disposés à vouloir le faire il leur dit : « si vous hésitez un moment, je vous détruirais comme le feu qui passe dans une prairie. Ouvrez bien vos oreilles et rappelez-vous que c'est Pondiac qui vous parle ». Dès ce moment, les Illinois parurent être de la cotisation, je crois parce qu'ils ne pouvaient pas faire autrement.

Après divers despretions, Pondiac fut voir M. de St Ange et mena avec lui les braves, dit en le voyant : m« on Père il y a longtemps que je désire moi et mes guerriers de te donner la main et de fumer ensemble dans notre calumet de paix, en nous rappelant toutes les campagnes que nous avons faites ensembles. De ce rassemblement et de leur propos servent contre les Sauvages et ces chiens d'Anglais. »

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M. de St Ange de Bellerive était Canadien, un ancien officier, qui avait fait la guerre dès sa plus tendre jeunesse, contre les Sauvages dans la quelle il s'était attiré beaucoup de considérations, surtout après l'attaque et la défaite de l'armée qui avait été aux Chiquachas où il était sous les ordres de M. Prudomme.

M. Prudomme était un brave officier qui avait fait la guerre en Europe. Il voulut suivre la même tactique en la faisant aux Sauvages. M. de Bellerive lui fit des observations sur la manière de faire cette guerre. Ces représentations parurent offenser M. Prudomme et il voulut toujours suivre les principes européens à l'attaque du fort des Chiquacha, qui était dans une grande prairie, entouré de forts pieux et bien terrassé et dans lequel il y avait environ 600 guerriers, bien armés, et généralement bons tireurs de carabine, ce dont ils étaient parfaitement instruit[par des prisonniers français que les Chiquachats avaient fait (prisonnier) et qui s'étaient échappés. Malgré ces informations de la situation de ce fort, M. Prudhome voulut le prendre d'assaut. En conséquence, il disposa ses troupes et en ordonna l'attaque. M. Bellerive lui observa sur l'heure que, vue la situation de ce fort, il regardait comme impossible de le prendre de vive force ; qu'il vallait mieux attendre l'artillerie[ qu'ils avaient à leur camps de réserve qui était sur le Mississipi. [

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Et quand en attendant son arrivée, ils pourraient investir le fort et que, par ce moyen ils s'assureraient une réussite complète et, qu'autrement, on courrait risque d'une défaite désastreuse. Les officiens canadiens, qui étaient venus du Canada avec M. Bellerive pour se joindre à M. Prudhomme, avec un détachement de Blancs et de Sauvages, approuvèrent le plan de M. Bellerive. Et les officiers de France, qui étaient montés de la Nouvelle Orléans avec M. Prudhomme, étaient de son sentiment. Après bien des paroles d'une part et d'autre .M. Prudhomme s'adressa à M. de Bellerive et lui dit d'un air fier et hautain[ : « Monsieur, quand on a peur du loup, on ne va pas au bois. »

M. Bellerive lui dit : « Ce n'est pas dans ce moment que je dois vous répondre. Je vous dirai seulement que je ne crains pas les loups pas même les balles. Bien de passer pour un ignorant dans l'attaque d'un fort et que nous sacrifions 2000 hommes, une faible partie qui sont sous nos ordres sans espoir d'en réchapper, sans aucune espérance, l'armée qui est sous nos ordres. Et il en serait du contraire si nous attendions notre artillerie. Vous voulez absolument attaquer et prendre sans artillerie ce fort ! Et bien, marchons ! » Les chefs Sauvages qui étaient présent au départ, des 2 chefs, quand ils virent M. Bellerive marcher sur le fort, coururent à lui, le prirent par la main et lui dirent : « Bellerive arrête-là ! Où vas-tu ? Tu ne vois pas qu'il est impossible de prendre ce fort sans canon ? Et que si vous persistez à vouloir le faire, vous serez tous tués. Et il s'ensuivra que votre armée sera massacrée. Crois-nous ! Renonce à cette attaque ! Rappelle les gens qui tu as amenés du Canada. Laisse faire ce fou de chef qui va se faire tuer et ceux qui les suivront. Tu dis il est un brave, il faut que tu suivres et tu ne le faisais pas tu passerais pour un lâche. »

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« Non, Bellerive tu ne passeras jamais pour tel qui est, qui ne connais pas. Toutes ces campagnes que tu as faites et dans lesquelles tu as toujours réussies : qui ne ne se rappelle pas que c'est toi qui a réduit les nations Lac et Renard. Toutes ces campagnes t'ont acquis l'estime et la confiance des Blancs et des Peaux Rouges. Il te regarderons toujours pour un brave. Ainsi crois nous : reste et dispose de tous ceux qui sont venus avec toi du Canada, de manière à sauver ceux, qui ne seront pas tués à l'attaque de ce fort. »

M. Bellerive leur donna la main en leur disant : j'espère que seulement que vous agirez dans l'affaire qui va se passer comme de véritable braves et comme vous l'avez toujours fait. Voilà le chef qui monte il faut que je le suive, adieu.

Il rejoignit M. Prudhomme et lui dit en l'accostant : « Voilà le moment qui va décider lequel de nous deux a tort. Cela ne sera assurément ni vous ni moi qui pourrons décider la question mais ceux qui nous survivrons, rappelez vous. »

Si vous avez des ordres à donner si je ne suis pas devant vous, je serai à côté. Ils approchèrent avec fermeté, le fort et toutes les parties armées nous firent autant à l'exemple de leurs chefs qui avait donné l'ordre d'abattre les pieux à coup de hache. Mais quand ils furent à une demie portée de fusil, ils eurent une décharge des assiégés qui tuèrent les 2 chefs, beaucoup d'officiers, et un grand nombre de soldats

A la seconde décharge ,il tuèrent encore beaucoup de monde . A la 3ème décharge, qui fut la plus meurtrière, les assiégeurs se retirèrent en désordre sans avoir pu blesser un seul homme et comment l'auraient-il fait ? Il se battaient contre des forts pieux et une terrasse. Les assiégés, s'apercevant de la déroute des assiégeurs, ils firent une sortie dans laqu'elle il massacraient tous ceux qu'il pouvaient attraper en les poursuivant avec une rage qui n'est connue que des barbares. [

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Heureusement la nuit vint ,ce qui mit à même plusieurs d'échapper et de gagner] le Camps de Réserve. Sitôt le jour venu, Dormirent encore sur le chemin des fuyards. Ils avaient des chiens qui découvraient dans les broussailles les blessés. Aussitôt découverts, il étaient coupés par morceaux. Toute cette journée se passa à les chercher et à rejoindre ceux qui s'étaient écartés du chemin. Il prit dans l'attaque du fort et dans la déroute 900 hommes sains, compté les sauvage qui ne voulurent pas dormir aussitôt par les mauvaises dispositions du chef, Blancs. Les Sauvages se retirèrent dès le commencement et gagnèrent le Camps de Réserve où ils dirent n'il n'y avait pas de doute que l'armée serait défaite.

Sur cette nouvelle l'officier qui commandait — doubla ses gardes et — envoya sur le chemin un détachement. A la découverte, ce détachement rencontra plusieurs officiers et soldats dont une grande partie était blessée. Ils confirmèrent la destruction de l'armée, en maudissant dans les termes les plus excessifs la conduite de M. Prudhomme et de son entêtement à ne pas vouloir suivre les sages conseils de M. Bellerive, qui se fit tuer pour un point d'honneur mal placé dans une pareille circonstance.

Le commandant du camp envoya pendant 4 jours de forts détachements sur les chemins à la rencontre de ceux qui s'étaient échappés du massacre. Au bout de ce temps, ne voyant plus personne, et craignant lui même d'être attaqué, il fit embarquer, toute l'artillerie et les autres objets qui y étaient. Les troupes réglées descendirent à la Nouvelle Orléans avec le materriel de l'armée. Et les milliers s'acheminèrent avec les sauvages du côté du Canada d'où ils étaient partis et ne resta rien dans ce camps qui porte encore aujourd'hui le nom d'Ecore à Prudhomme.

Je reprends mon journal que j'ai arrêté, jusqu'à présent et cela pour faire connaître quelles étaient les raisons pourquoi les Sauvages avaient autant de respect pour M. St Ange de Bellerive ,frère de celui qui a été tué aux Chiquachas et qui lui même avait avait souvent été en guerre avec ces mêmes Sauvages et dans lesquelles il s'était attiré leurs confiances par sa bravoure.

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